Salomé jacquesIl est l’auteur de 64 livres, lu dans le monde entier ! Il fait partie des plus grands psychosociologues français, il est maitre dans l’art de parler des choses les plus complexes pour les rendre accessibles et compréhensibles à tous.  C’est avant sa gentillesse légendaire qu’il a répondu à mes questions !

 

 

Un entretien exceptionnel

Je vous remercie du privilège et l’honneur de m’accorder de votre temps pour répondre à mes questions et à celles des internautes, habitués à lire mes articles sur mon blog, Génération Optimiste et sur Facebook "Sources d’Optimisme et de Réflexions Positives".

Votre dernier ouvrage intitulé « Voyage au Pays de l’amour »  vient enrichir une collection impressionnante d’ouvrages que vous publiez depuis une vingtaine d’années.  Si mon compte est bon : 64 titres !

Michel Poulaert : Qu’est ce qui vous inspire encore aujourd’hui ? Qu’avez-vous encore à dire après tant de livres sur les diverses relations, l’amour, la communication,… Puis-je en conclure que nous n’avons jamais fait « le tour » de ces questions tellement elles sont complexe ?

Jacques Salomé : Oui l'univers des relations humaines est aussi vaste que celui qui nous entoure et paradoxalement, il est encore très peu ou maladroitement exploré.

J'écris depuis 42 ans autour de 5 thèmes qui me semblent essentiels à chacun d'entre nous:

• L’amour et l'aventure à la fois merveilleuse et difficile du couple.

• La relation aux enfants qui est extraordinairement stimulante et aussi extrêmement éprouvante. Les enfants sont notre part d'éternité déposée dans cette partie minuscule de l'univers qu'on appelle la Terre !

• La relation a soi même pour accepter de devenir un meilleur compagnon pour soi et donc par contagion pour ceux qui nous entourent !

• La relation au monde du travail qui est aujourd'hui chargée de tensions, d'insécurité et donc d'angoisse

• La relation au divin dans ses différentes approches spirituelles et religieuses.

Et comme vous l'exprimez, nous en faisons difficilement le tour car nous sommes pour la plupart d'entre nous des infirmes de la relation, des handicapés de la communication

Il est donc urgent d'apprendre a communiquer c'est à dire a mettre en commun, dans le partage du meilleur de soi et de l'autre.

salomeMP : Je dois être honnête envers vous : vous m’avez inspiré plus d’une fois, vous avez touché ma sensibilité et surtout aidé à prendre conscience que nous avions le droit d’être vulnérable et, quand bien même on soit un psychosociologue reconnu et référent, on a le droit à l’erreur. Et vous êtes un exemple vivant que chaque « erreur » est une expérience de vie enrichissante. Pouvez-vous partager avec nous ce que vous pensez de ces « échecs » de parcours ? Que pouvez-vous dire à ces femmes et hommes qui divorcent et parfois plusieurs fois ?


JS : Je ne considère pas le divorce comme un échec mais comme le possible d'une renaissance possible. Car au delà des souffrances qui peuvent être réveillées à partir d'une séparation ou d'une rupture existe toujours la possibilité de se mettre au monde si on a pu intérioriser la part de nos aveuglements, de nos erreurs, de notre responsabilité a n'avoir pas su proposer a l'autre une relation vivante, respectueuse, dynamisante dans laquelle chacun aurait pu témoigner de ses attentes, de ses apports et surtout de ses zones de vulnérabilité et d’intolérance.

MP : La société d’aujourd’hui n’est pas la même qu’hier. Ça a toujours été comme ça au fil de l’Histoire : les parents ont toujours pensé que c’est la fin de « leur époque » et les nouvelles générations vivent le monde autrement et pourtant l’humanité avance, progresse, s’enrichit. Les plus grands écrivains antiques en parlaient déjà. Est-ce que chaque génération est une fin d’une époque ? Qu’en pensez-vous ? 

JS : Je crois que chaque génération construit une part de notre futur, d'une part en se laissant piéger par la tentation de la répétition et en même temps en tentant, au delà d'une adaptation, d'inventer, de créer d'autre façons de vivre, d'échanger, de communiquer!

Aujourd'hui cela risque d'être plus difficile que par le passé, car nous découvrons que nous devons gérer, comme un bien commun, précieux, unique dans l'univers, cette planète généreuse, qui nous a accueillis il y a quelques millions d'années,

Au delà des races, des nations, des croyances et des religions nous allons devoir inventer certainement un gouvernement planétaire qui devra être au service de chaque humain.

MP : Que dire aux parents qui regrettent « leur passé » en discréditant le monde actuel, « c’était mieux avant », comment doivent-il agir ?


JS : Il y a, c'est vrai, la double tentation d'idéaliser le passé tout en le discréditant parfois.

Le propre de l'être humain c'est son extraordinaire capacité à s'adapter, à créer, à influencer son environnement, mais tout cela se fait par phase plus ou moins longue. Nous sommes en ce début du XXI siècle dans une phase de mutation importante, où nos facultés d'adaptation vont être mises à rude épreuve. La meilleure aide que les parents puissent apporter a leurs enfants, c'est d'une part de les aider a développer leur curiosité, à soutenir leur créativité, à  mieux intérioriser leurs ressources et leur créativité pour devenir partie prenante de leur devenir. Chacun de mes petits enfants exercera vraisemblablement 4 métiers dans son existence ! Dont 3 ne sont pas encore inventés !

MP : Quelles sont vos définitions d’amour propre, d’égoïsme et d’égocentrisme ? 
Quels en sont leurs bienfaits et/ou limites/dangers ?

JS : Déjà dire que l'amour propre n'est pas de l'amour mais une manifestation  de l'égo, qui s'impose à nous à certains moments, au détriment justement de l'amour ou de la compassion.

L'égocentrisme est une inflation de notre moi, qui nous fait ramener tout événement a notre propre personne et nous coupe par la même du lien social et communautaire.

L'égoïsme est certainement l'expression d'une blessure narcissique,  la marque d'une insécurité, d'une non confiance dans les autres avec le leurre que nous pouvons répondre et satisfaire tous nos besoin sans l'aide et parfois au détriment des autres !

Il ne faut jamais oublier que nous sommes des êtres relationnels, reliés les uns aux autres (ce qui ne veut pas dire attachés ou soumis) et que la Vie qui a été déposée en nous, au moment de notre conception, et qui va être au cœur de notre existence a justement des besoins propres : les besoins relationnels (besoins  de se dire et d'être entendu- besoins d'être reconnu et valorisé- besoins d'intimité - besoins de créer et de rêver.

MP : L’Amour, quel vaste sujet ! Vous en parlez en détail dans votre dernier ouvrage. Comment estimez-vous le rôle des médias dans l’image véhiculée de l’amour fragile : on se quitte pour le moindre désaccord, il semble que les notions de persévérance, communication, sacrifice, tolérance et pardon ne soient que de vagues souvenirs.

JS : L'amour est à la fois le sentiment le plus recherché et certainement le plus maltraité.

Et déjà il convient de ne pas le confondre avec les pseudos amours (l'amour de consommation, dans lequel nous aimons surtout l'amour que l'autre a pour nous- l'amour de peur, d'être quitté, abandonné ou trahi - l'amour de compensation quand j'attends de l'autre qu'il m'aime comme mon père ou ma mère aurait dû m'aimer !)

L'amour n'est pas fragile, surtout quand il est vécu dans la réciprocité (j’aime et je me sens aimé/e par celui ou celle qui accueille mon amour). Ce qui est versatile, c'est la relation que nous proposons quand les conditions d'une vie durable en couple ne sont pas remplies. En voici quelques unes :

1- pour s'allier il faut être suffisamment délié de papa/maman ou d'un précédent amour.

2- être capable de s'engager c'est à dire d'avoir une autonomie affective, matérielle et  relationnelle suffisante pour pouvoir choisir (et choisir c'est renoncer !) pour ne pas faire dépendre ses besoins de l'autre !

3- être capable de se projeter dans l'avenir (est ce sur je me vois vieillir avec cet homme, avec cette femme? Est ce que je le vois comme le père de mes enfants, comme la mère de mes enfants ?)

4- suis je capable de lui proposer une relation vivante chargée de plus de messages positifs que de messages toxiques !

Aujourd'hui les médias entretiennent le mythe de la toute puissance de l'amour comme si l'amour devait résoudre mes blessures du passé et nous protéger des incertitudes de l'avenir.

Ce n'est pas l'amour qui maintient deux êtres ensemble dans la durée mais la qualité de leur relation, des relations a base d'écoute mutuelle, de tolérance, de partages et de respect des zones de vulnérabilité et d'intolérance de chacun

MP : Que conseillez-vous aux hommes et femmes qui ont cette sensation de toujours tomber sur les mêmes genres de partenaires, même après plusieurs histoires du même type ? (il y a les femmes « infirmières », « mères », « victimes »,…)

JS : J'invite à faire un travail sur soi.

Le propre d'une relation de couple et de l'intimité qu'elle suppose c'est de réveiller paradoxalement les blessures de notre enfance, de remettre a jour l'enfant blessé, humilié, rebelle ou désespéré qu'il y a en chacun de nous.

Cela ne veut pas dire faire nécessairement une thérapie mais cela peur de faire a partir d'une formation aux relations humaines (voir www.institut-espère.com, par exemple) d'une lecture, d'une rencontre qui nous invite a mieux entendre les blessures du passé qui vont parfois (souvent !) se réveiller dans une relation intime.

MP : L’Homme et la Femme peuvent-ils vivre seuls ? Sont-ils fait pour vivre seuls ? Que proposez-vous aux gens qui, résignés, abandonnent leur quête de l’amour après moult échecs et déceptions. Pour eux, le prince charmant ne viendra plus ou n’existe pas, en tous cas, pas pour eux… Que dire à ceux qui sont convaincus que l’amour n’est pas fait pour eux ?

JS : Il ne faut pas confondre le sentiment d'amour et la relation d'amour.

Nul ne sait à l'avance quand peut surgir en nous un amour, nous pouvons aimer passionnément à tout âge.

Comme nul ne peut savoir a l'avance la durée de vie d'un amour.

Par contre apprendre a construire une relation de couples, en vérifiant si les ancrages dont j'ai parlé plus haut sont présents cela dépend de la capacité de chacun a - s'allier - a s'engager - a se projeter dans l'avenir - a se proposer une relation vivante dans laquelle les attentes, les apports et les zones d'intolérance seront connues de soi et de l'autre.

MP : Avec votre expérience personnelle, que conseillez-vous aux gens qui culpabilisent après un ou plusieurs divorces ?

JS : Je ne considère pas le divorce comme un échec mais comme une épreuve qui peut être a l'origine d'une renaissance pour chacun des protagonistes. Si chacun peut intérioriser ses propres autosaboteurs, maladresses et pièges qu'il peut avoir lui même sécrétés ou entretenus !

S'il y a des répétitions cela est une invitation a faire un travail sur soi

MP : Qu’est ce qui a motivé l’écriture de votre dernier ouvrage ? Que tentez-vous de partager ?

Voyage au pays de l amourJS : Dans mes deux derniers ouvrages :

• La ferveur de vivre (Albin Michel) j'ai tenté d'inviter mes lecteurs a respecter la VIE qui est en eux, sans la confondre avec les différentes péripéties de leur existence. L'existence peut être difficile mais la vie est un miracle permanent qu'il nous appartient d'aimer et de protéger  en nous.

• Voyage aux pays de l'amour (Ed de l'Homme) est  une invitation a aimer l'amour que nous pouvons offrir, à nous réconcilier avec lui et de mieux baliser dans notre existence, le passage délicat qui nous permet de passer de la rencontre amoureuse (qui se vit au présent) a la relation de couple (qui s'inscrit dans la durée ) avec un projet de vie en commun.

MP : Face à toutes les nouvelles anxiogènes que diffusent les médias : crise, destruction d’emplois,  pessimisme croissant, divers scandales dans l’industrie agro-alimentaire, crimes, suicides,… quel serait votre message d’optimisme ? Comment faire face à toute cette négativité ?

JS : L'environnement, les autres, nous envoient c'est vrai beaucoup de messages toxiques, beaucoup de signaux anxiogènes et aussi quand même des messages et des signaux positifs et dynamisants

J'enseigne qu'il est possible de ne pas faire sien les messages toxiques, de les renvoyer a ceux qui les envoient et a accueillir et amplifier les messages positifs et bienveillants qui nous parviennent.

Tout cela est clairement présente et explicité dans « Pour ne plus vivre sur la planète TAIRE »(Ed Albin Michel).

MP : Quelle est votre définition de l’optimisme ? Est-ce inné ? Est-ce que cela peut se développer / s’acquérir / s’entretenir ?

JS : L'optimisme est lié à notre capacité d'accueillir les messages positifs qui nous parviennent sans les banaliser, ni les minimiser ou les disqualifier

C'est une aptitude qui se construit et se développe au travers des relations significatives de notre existence ; famille - école- société proche)

MP : Qu’est ce que pour vous « avoir de la chance » ? Est-ce que certaines personnes sont plus chanceuses que d’autres ? Pourquoi ?

JS : Je ne crois ni a la chance, ni au hasard. Je crois que tout est signe, que chaque événement est porteur de sens. Et donc que certaines ont développé plus d'intuition, plus de sensibilité que d'autres a capter les différents signaux envoyés en permanence par la vie.

MP : Je vous remercie pour votre générosité et le temps que vous m’avez accordé !

 

A suivre ! Les réponses de jacques Salomé à nos lecteurs ! Restez attentifs :D

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